De « moi » à « nous » : Une vie qui se donne, un corps qui porte du fruit
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Depuis plusieurs semaines, je porte une prière particulière pour l’Église. Je prie que Dieu nous fasse entrer dans une dimension encore plus profonde d’unité.
Une unité qui ne soit pas seulement le fait d’être ensemble, mais qui naisse d’un véritable amour les uns pour les autres. Une unité dans laquelle nous acceptons de mourir encore davantage à nous-mêmes pour discerner ce que Dieu veut accomplir au travers de nous, son corps.
Jésus a dit :
« À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
Jean 13.35
Je crois profondément que Dieu désire se manifester au travers de son Église. Mais pour cela, nous devons apprendre à penser comme un corps.
Non plus seulement : Quelle est ma place ? Comment puis-je avancer ? Comment puis-je faire grandir ce que Dieu m’a confié ?
Mais aussi : De quoi le corps a-t-il besoin maintenant ?
Est-ce le moment pour moi d’être devant, ou est-ce le moment d’aider mon frère ou ma sœur à avancer ?
Est-ce le moment de parler, ou de soutenir ?
Est-ce le moment de porter la vision que Dieu m’a confiée, ou d’utiliser ce qu’il a placé en moi pour fortifier celle qu’il a confiée à quelqu’un d’autre ?
Parce que nous sommes un corps.
Nous ne portons pas tous la même chose, mais nous portons tous quelque chose dont les autres ont besoin. Dieu a volontairement créé son corps ainsi : nous sommes interdépendants.
Il y a des saisons où Dieu met particulièrement sa main sur une personne, un ministère, une œuvre, une direction. Et peut-être que la maturité du corps consiste alors à reconnaître : Dieu agit ici. Comment puis-je servir ce qu’il est en train de faire ?
Le but n’est plus que je brille, mais que Christ brille au travers de nous.
Et je crois que c’est justement là que l’Église peut offrir au monde quelque chose de profondément différent.
Notre monde nous pousse constamment vers le « moi » : ma réussite, mon image, ma plateforme, mes intérêts, ma reconnaissance.
Mais Jésus nous appelle à devenir un peuple reconnaissable par une autre manière de vivre :
« Voyez comme ils s’aiment. »
Puis ce matin, au milieu de cette prière que je porte depuis quelque temps, je me suis réveillée avec cette parole de Jésus dans mon cœur :
« Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
Jean 12.24
Et cette image m’a donné une façon d’exprimer ce que je porte dans mon cœur.
Le grain tombe seul, mais il ne meurt pas pour rester seul. Il meurt pour porter beaucoup de fruit.
Et si, pour entrer dans une dimension plus profonde du « nous », quelque chose du « moi » devait mourir ?
Notre besoin d’être reconnu. Notre désir de protéger notre place. Notre comparaison. Notre compétition. Notre besoin que les choses passent par nous ou portent notre nom.
Non pas pour disparaître, mais pour devenir pleinement ce que Dieu nous appelle à être : un membre vivant d’un corps dans lequel chacun apporte sa part afin que Christ soit révélé.
Peut-être que l’une des clés de cette unité se trouve justement là :
une vie qui accepte de se donner pour qu’une vie plus grande qu’elle puisse se manifester.
1. La vie abondante commence par l’abandon
Dans Jean 12, Jésus parle premièrement de lui-même.
Il est ce grain de blé qui accepte de tomber en terre. Par sa mort, sa vie sera multipliée en une multitude de fils et de filles de Dieu.
Mais immédiatement après, Jésus applique ce principe à ceux qui veulent le suivre :
« Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive. »
Jean 12.25-26
Voilà l’un des grands paradoxes du Royaume : nous trouvons véritablement notre vie lorsque nous acceptons de la remettre entre les mains de Dieu.
Jésus est venu afin que nous ayons la vie, et que nous l’ayons en abondance (Jean 10.10). Mais cette vie abondante n’est pas une vie dans laquelle Dieu devient le moyen d’obtenir tout ce que moi je désire.
Elle commence lorsque je peux dire :
« Seigneur, je te donne ma vie. »
Et pour faire cela, je dois croire profondément que Dieu est bon.
Je dois croire qu’il voit plus loin que moi.
Qu’il connaît ce que je ne connais pas.
Que ses pensées sont plus élevées que les miennes.
Que ce qu’il peut faire d’une vie entièrement abandonnée entre ses mains est infiniment plus grand que ce que je pourrais construire en essayant de la conserver pour moi-même.
Une graine gardée dans la main demeure une graine.
Mais une graine abandonnée à la terre peut devenir une moisson.
2. Tout commence par donner
Toute l’histoire de l’Évangile commence avec un Dieu qui donne.
« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… »
Jean 3.16
Dieu a tant aimé qu’il a donné.
L’amour biblique n’est donc pas seulement un sentiment ou une émotion. L’amour se manifeste par le don.
Et Jésus nous en donne la mesure ultime :
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »
Jean 15.13
Aimer Dieu, c’est nous donner à lui.
Aimer notre prochain, c’est apprendre à nous donner.
Notre temps. Notre attention. Nos forces. Nos ressources. Nos dons. Notre pardon. Notre service. Notre disponibilité.
C’est exactement le chemin que Jésus nous invite à prendre :
« Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. »
Luc 9.23
Mourir à soi-même ne signifie pas perdre la valeur que Dieu nous a donnée ou effacer notre personnalité. C’est renoncer à faire du moi le centre de notre existence.
Je ne vis plus seulement pour protéger mes intérêts, accomplir mes ambitions ou construire ce qui porte mon nom.
Ma vie appartient maintenant à Dieu.
3. Une graine meurt seule, mais elle ne meurt pas pour rester seule
C’est ici que l’image de Jésus devient particulièrement puissante.
Le grain tombe seul.
Mais il ne meurt pas pour rester seul.
Il meurt pour se multiplier.
La mort du grain ouvre la porte à quelque chose de plus grand que lui.
Et je crois que nous retrouvons ici un mouvement que l’on voit traverser toute l’Écriture : Dieu nous fait passer du « moi » au « nous ».
Notre culture nous apprend facilement à demander :
Qu’est-ce que je veux ?
Qu’est-ce qui me rendrait heureux ?
Quelle est ma place ?
Comment développer mon ministère ?
Comment être reconnu ?
Mais lorsque Christ devient le centre, les questions commencent à changer :
Qu’est-ce que Dieu veut ?
Qui puis-je aimer ?
Qui puis-je servir ?
Qui puis-je aider à grandir ?
Comment mes dons peuvent-ils contribuer à quelque chose de plus grand que moi ?
Quelle est ma place dans ce que Dieu est en train de bâtir avec nous ?
Paul écrit :
« Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. »
Philippiens 2.4
Puis il nous montre immédiatement notre modèle : Jésus-Christ, qui s’est dépouillé lui-même et a pris la forme d’un serviteur.
Le modèle du Royaume n’est pas l’élévation du moi.
C’est Christ qui se donne.
4. Dieu appelle une personne, mais il voit toujours plus grand qu’elle
Cette pensée traverse toute la Bible.
Dieu appelle Abraham, mais il voit déjà une multitude.
« Je ferai de toi une grande nation… et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
Genèse 12.2-3
Abram devient Abraham : père d’une multitude.
Dieu rencontre Jacob personnellement, mais Jacob devient Israël : le nom d’un peuple.
Dieu appelle des individus, mais son plan ne s’arrête jamais à eux.
Ce qu’il dépose en moi n’est pas seulement pour moi.
Mes dons ne sont pas seulement pour moi.
Ma révélation n’est pas seulement pour moi.
Mon appel n’est pas seulement pour moi.
Même ce qu’il me confie peut devenir une semence destinée à faire grandir quelqu’un d’autre.
Et dès le commencement, Dieu avait déclaré :
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. »
Genèse 2.18
L’homme et la femme deviennent une seule chair, puis Dieu leur dit :
« Soyez féconds, multipliez… »
Genèse 1.28
Nous retrouvons encore ce mouvement :
union → don → fécondité → multiplication.
Et cette réalité dépasse la famille naturelle. En Christ, Dieu nous fait entrer dans un peuple, une famille, un corps.
Jésus ne nous apprend pas seulement à prier : « Mon Père ».
Il nous apprend :
« Notre Père… »
Matthieu 6.9
5. Nous sommes un corps : j’ai besoin de toi, et tu as besoin de moi
Paul utilise une image extraordinaire :
« Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. »
1 Corinthiens 12.27
Et dans ce corps, aucun membre ne peut dire à l’autre :
« Je n’ai pas besoin de toi. »
1 Corinthiens 12.21
Voilà pourquoi l’indépendance absolue n’est pas le modèle du Royaume.
Nous sommes interdépendants.
Je n’ai pas tous les dons.
Je ne vois pas toute la vision.
Je ne possède pas toutes les réponses.
Je ne représente qu’une partie de ce que Dieu est en train de bâtir.
Dieu a volontairement placé dans les autres quelque chose dont j’ai besoin, et il a placé en moi quelque chose destiné à servir les autres.
Cela change profondément notre manière de voir le ministère.
La question n’est plus seulement :
« Comment puis-je faire grandir mon ministère ? »
Mais :
« Comment puis-je contribuer à ce que Dieu est en train de bâtir ? »
Parfois, mourir à soi-même signifie se réjouir lorsque quelqu’un d’autre est mis de l’avant.
Parfois, c’est servir sans être vu.
Parfois, c’est donner ce que nous avons reçu afin que quelqu’un d’autre puisse aller plus loin.
Parfois, c’est abandonner notre besoin de reconnaissance pour embrasser une vision plus grande que notre propre nom.
Nous ne sommes pas en compétition.
Nous sommes un corps.
Et Dieu, lui, voit la grande image. Nous en voyons qu’une partie.
Et pour apprendre à voir les choses comme Dieu les voit, notre manière de penser doit continuellement être renouvelée. C’est cette transformation que j’approfondis dans mon enseignement « Nous avons la pensée de Christ ».
6. Le bonheur du Royaume se trouve dans une vie qui aime
Cette vérité touche aussi profondément nos relations.
Dans un couple, si chacun entre dans la relation en demandant constamment :
« Comment cette personne peut-elle me rendre heureux ? »
l’amour risque de devenir une transaction.
Mais imaginez deux personnes qui apprennent toutes les deux à demander :
« Comment puis-je t’aimer ? Comment puis-je te servir ? Comment puis-je me donner ? »
Il ne s’agit évidemment pas qu’une personne se sacrifie pendant que l’autre prend tout. Le modèle biblique est celui d’un amour réciproque, inspiré de Christ.
« Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte de Christ. »
Éphésiens 5.21
C’est dans cette atmosphère de don, d’honneur, d’amour et de sécurité qu’une famille peut grandir sainement.
L’image d’une mère me semble particulièrement puissante.
Une mère donne littéralement de son corps pour porter une vie.
Puis vient l’accouchement : le travail, la douleur, l’abandon… et la vie apparaît.
Mais le don ne s’arrête pas là.
Pendant des années, les parents donnent du temps, du sommeil, de l’énergie, des ressources, de l’attention, de l’enseignement et de l’amour afin qu’une autre vie puisse grandir.
Et le but n’est pas que cet enfant demeure éternellement dépendant.
Nous le faisons grandir afin qu’un jour, lui aussi puisse aimer, servir, contribuer et se donner.
C’est une image magnifique du discipulat.
Une vie se donne pour qu’une autre grandisse.
Puis cette vie devenue mature se donne à son tour.
Et le Royaume se multiplie.
Paul dit à Timothée :
« Ce que tu as entendu de moi […] confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. »
2 Timothée 2.2
Paul → Timothée → des personnes fidèles → d’autres personnes.
Voilà le grain de blé.
Une vie donnée devient plusieurs vies capables de se donner.
7. Le « nous » devient un témoignage au monde
Il y a une bénédiction particulière attachée à l’unité :
« Voici, oh ! qu’il est agréable, qu’il est doux pour des frères de demeurer ensemble ! »
Psaume 133.1
Et le psaume se termine ainsi :
« Car c’est là que l’Éternel envoie la bénédiction, la vie, pour l’éternité. »
Psaume 133.3
Mais Jésus va encore plus loin.
Il prie :
« Afin que tous soient un […] afin que le monde croie que tu m’as envoyé. »
Jean 17.21
Notre unité révèle quelque chose de Jésus au monde.
Et Jésus dira encore :
« À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
Jean 13.35
Le signe visible d’un disciple mature n’est donc pas premièrement sa plateforme, son influence, ses talents ou même ses dons spirituels.
C’est l’amour.
Et l’amour se donne.
De « moi » à « nous »
Peut-être que la vie abondante commence beaucoup plus profondément que nous le pensions.
Elle commence lorsque je dépose ma vie entre les mains d’un Dieu que je crois profondément bon.
Je me donne parce que je lui fais confiance.
Je peux laisser mourir ce qui appartient à mon égoïsme, mon besoin de contrôler, ma recherche de reconnaissance, mes ambitions centrées sur moi-même.
Parce qu’entre les mains de Dieu, une graine qui meurt n’est jamais gaspillée.
Elle porte du fruit.
Alors mes questions changent :
Seigneur, qu’est-ce qui doit mourir en moi ?
Où suis-je encore centré sur moi-même ?
Qui puis-je aimer aujourd’hui ?
Qui puis-je servir ?
Qui puis-je aider à grandir ?
Qu’est-ce que tu m’as donné que je peux maintenant donner ?
Comment puis-je contribuer à ce que tu bâtis plutôt que de seulement bâtir ce qui porte mon nom ?
Voilà peut-être l’une des grandes clés du bonheur du Royaume :
Aime Dieu et donne-toi entièrement à lui.
Aime ton prochain et apprends à te donner.
Dieu a tant aimé qu’il a donné.
Jésus nous a tant aimés qu’il a donné sa vie.
Et maintenant, il nous appelle à marcher comme lui :
« Marchez dans l’amour, à l’exemple de Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous. »
Éphésiens 5.2
Une vie abandonnée.
Une vie qui aime.
Une vie qui donne.
Une vie qui sert.
Une vie qui porte du fruit.
Une vie qui passe du « moi » au « nous ».
Et peut-être qu’à la fin, notre prière ne sera plus seulement :
« Seigneur, qu’as-tu pour moi ? »
mais :
« Seigneur, me voici. Qu’est-ce que nous bâtissons ensemble ? »
Émilie Charette
Pasteure, auteure & chantre